Culture & Traditions, Polynésie

Umu ti, la marche sur le feu polynésienne

La marche sur le feu existe dans plusieurs cultures et chaque cérémonie est différente. Le umu ti en polynésien, a lieu chaque année le premier mercredi de juillet à Paea (Tahiti) et ouvre le Heiva i Tahiti. Exceptionnellement cette année, en raison du fort taux de participation des groupes de danse au Heiva, il a fallu avancer la cérémonie à la dernière semaine de juin. Je n’étais pas partie pour vraiment prendre des photos et les publier, mais après le umu ti, j’avais vraiment envie de partager ça avec vous.

En ce 29 juin, jour de la Fête de l’autonomie en Polynésie française, le centre-ville de Tahiti est paralysé par le défilé qui a lieu pour l’occasion. Routes barrées, chemin dévié, un rond-point qui a récemment disparu ce qui nous empêche de faire demi-tour rapidement pour se diriger rapidement vers la côte ouest depuis la côte est. La circulation est difficile en cette fin de journée. On fustige et on espère que la cérémonie du umu ti ne commencera pas à l’heure. La circulation devient tout d’un coup fluide et on se dépêche. Heureusement pour nous, la cérémonie avait un peu de retard. C’est donc tous contents qu’on s’installe. C’est non sans surprise qu’on découvre que nous avions des places au premier rang, au plus proche de la fournaise. Il y a beaucoup de monde, et même si l’engouement général se fait sentir, un calme incroyable règne.

Un groupe de danse ouvre la cérémonie. Quand, ensuite, le tahu’a (le prêtre), Raymond Teriierooiterai Graffe, prend la parole, on comprend tout de suite l’importance de cette cérémonie. Loin d’être folklorique comme pourraient le penser certains, la marche sur le feu est toujours célébrée comme elle le fut auparavant, avant même l’arrivée des Occidentaux dans les îles du Pacifique. Après un historique du umu ti et quelques recommandations (ne pas marcher sur le feu si on a consommé de l’alcool, ne pas parler ni se retourner pendant la traversée sur les roches incandescentes, etc), le tahu’a entonne des prières aux dieux afin qu’ils mettent un enchantement sur le brasier pour qu’on ne se brûle pas. En effet, ce sont des températures comprises entre 625 et 890°C que vont caresser nos pieds ! Le tahu’a traverse ensuite le brasier, constitué de roches volcaniques incandescentes au-dessus de troncs de bois brûlant depuis plus de 19 heures. Témoin que la traversée est possible, le public est ensuite invité à traverser à son tour les 9,10 mètres de roches. Quelques flammes jaillissent par endroits et ne manquent pas d’impressionner.

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Des feuilles de auti autour du cou, on fait la queue en regardant les autres traverser. Et puis vient le moment où on est là, devant les premières roches, qui se dressent fières et rougeoyantes. On hésite un court instant, on fait un voeu puis on se lance. Première roche, première impression, une douceur incroyable pour des roches brûlant à quelques centaines de degrés. Un pied devant l’autre, comme lorsque, enfant, on s’amusait sur les rochers en bord de mer, on avance doucement mais sûrement, en faisant seulement attention à avoir une bonne prise sur chaque roche. 9m10. La traversée est finie. La sensation qui nous traverse est incroyable. À la fois calme et reposé, on sent que la traversée a eu de l’effet.

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Pour clôturer la cérémonie, on recouvre le brasier de palmes de cocotier et le tahu’a entonne de nouveau des prières pour lever l’enchantement, avant de traverser une dernière fois le feu. À partir de ce moment, nul ne doit traverser le brasier, sous peine de se brûler et de se retrouver à l’hosto !

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J’ai effectué une seule traversée, tandis que certains, pour voir leurs voeux se réaliser, ont traversé jusqu’à 5 ou 6 fois le brasier. Le tahu’a et ses tavini, tous de rouge vêtus, gardent un oeil attentif sur chaque personne traversant. Des enfants, des personnes âgées, des malades et des handicapés ont ainsi pu marcher sur le feu.

Je ne pensais pas forcément prendre de photo, mon appareil photo étant en fin de vie et clairement pas adapté à aussi peu de lumière. J’ose quand même vous proposer cet article quelque peu romancé sur mon expérience (la troisième) du umu ti, que vous aurez vous aussi l’occasion de vivre un jour je l’espère.

Sur ce, je vous souhaite de bonnes vacances et un bon Heiva !