Humeur

Bilan 2019

Chère 2019,

J’ai l’impression que je viens à peine de te connaître que tu pars déjà. Ton passage fugace n’aura rien laissé de marbre, en tout cas pas dans ma vie.

J’imagine que tu es d’accord, mais je me souviendrai toujours de toi, 2019, comme étant l’année du grand changement. L’année où j’ai dit NON à une vie qui ne me plaisait pas. Une année remplie de difficultés, mais qui m’a apporté un apaisement qui me permet de les surmonter.

Quand 2018 m’a confiée à toi, j’était un mélange de tristesse, frustration, nervosité et colère. Tout cela venait de ma vie professionnelle mais impactait grandement et dangereusement ma vie personnelle et amoureuse. Avec toi, j’ai dit STOP à ce boulot qui où je ne m’épanouissais pas, et surtout où j’avais l’impression de n’être qu’un pion dont les supérieurs se servaient pour accomplir leurs desseins en faisant miroiter de faux espoirs. On me faisait croire que j’étais décisionnaire sur les projets que je gérais, alors que non. C’est dans ces moments où je me suis toujours demandé : « Pourquoi les grandes entreprises, les grands groupes, continuent d’embaucher de jeunes ingénieur.e.s qui ont pour la plupart fait des classes prépa — et  ont donc appris à réfléchir — dans l’espoir qu’ils ne soient que des exécuteurs des décisions d’autrui ? » Personnellement, je n’arrivais plus à appliquer bêtement les décisions de mes supérieurs. Dans ma tête, ça a toujours été « les intérêts du client en premier », et il était clair que ce n’était pas le cas. Il fallait toujours faire du « politiquement correct », même si cela signifiait proposer la pire solution à un client et faire travailler toute une équipe sur des projets tout en sachant que ça n’aboutirait à rien. Je ne pouvais plus mentir comme ça. Sans compter que je me faisais clairement avoir sur les « avantages » sociaux de l’entreprise, qui n’en étaient pas pour moi. Ce travail m’avait forcé à renoncer à mes valeurs, et à quelconque avantage ou salaire décent (pour le poste, la localisation et les compétences nécessaires) pour compenser ça.

Bref.

J’ai dit stop.

Après un premier refus de rupture conventionnelle de la part du chef d’entreprise, suivi de 2 semaines de harcèlement moral de la part de mon manager (il m’a vraiment crié dessus « Si tu ne démissionnes pas demain, ça va très très mal se passer pour toi ! »), j’ai posé ma dém’. Je ne voulais plus être liée de quelle que manière que ce soit à cette entreprise. Faire un abandon de poste était risqué car ils auraient pu retarder la procédure au maximum pour me mettre dans la mouise, et vu les 2 semaines qui s’étaient écoulées, ils en étaient bien capables.

J’ai donc posé ma dém’, forte d’une année d’économies pour survivre. Normalement, je pouvais toucher le chômage pour création d’entreprise. J’apprendrai 5 mois plus tard que les 3 agents de Pôle Emploi que j’ai contactés pour en être assurée ont été totalement incompétents et m’ont mal renseignée, donc j’ai du vivre avec toi, 2019, sans allocation chômage. Merci Pôle Emploi.

Je sais, je ne fais que parler de ma vie professionnelle comme si elle résume ma vie entière. Mais est-il possible autrement quand on on se lance à son compte ? Je vais donc continuer.

Non 2019, ne sois pas triste ! Tu n’as pas été tendre avec moi, mais c’est pour la bonne cause. Grâce à toi, je me suis retrouvée.

J’ai posé ma dém’ pour enfin me lancer dans ma plus grande passion depuis maintenant 7 ans : la photographie. Je crois que tu étais trop petite pour que tes grandes sœurs 2015 et 2016 te le disent, mais elles ont été les premières à me faire vivre ce délicieux mélange de photographie + entreprenariat. J’étais alors présidente d’une association de photo et vidéo à Grenoble. C’est depuis lors que j’ai dans un coin de ma tête de me lancer en tant que photographe. Je ne pensais pas que ça arriverait si tôt, mais pourquoi pas ? Je n’ai pas d’emprunt, pas d’enfant, ne suis pas mariée. Nous en discutons depuis 2017 avec l’Amoureux, et quand tu es arrivée, il était toujours d’un soutien inébranlable.

Je me suis lancée en tant que photographe, en me faisant une promesse : toujours faire en sorte d’être alignée avec mes valeurs dans ma vie personnelle comme professionnelle.
Dans ma vie personnelle, j’ai affirmé mon mode de vie qui tend du mieux possible vers une consommation responsable, j’oriente mes voyages au plus proche du slow travel et j’évite l’avion quand je peux, et j’ai enfin compris et clâmé que je suis féministe (et j’ai même manifesté pour la première fois de ma vie pour ça !)
Côté pro, j’ai choisi de mener une activité éco-responsable, et vu l’importance de la pollution numérique, j’aimerais avoir d’autres collègues qui me suivent dans cette voie. Ce n’est qu’au bout de quelques mois que cette démarche m’a parue de manière évidente comme un positionnement différenciant. Des photographes qui sont éthiques ou éco-responsables dans leur vie privée, il y en a plein (et ouf !), mais qui le sont dans leur activité professionnelle, il n’y en a pas. J’espère que ta petite sœur, 2020, va me prouver que je ne suis pas la seule à me soucier de travailler avec des prestataires éco-responsables !

Donc, 2019, tu m’as aidée à créer une activité qui me plaît, à trouver un « positionnement » éco-responsable, mais pas que ! Tu m’as aussi montrée que je voulais faire trop de choses. Eh oui. Mais bon, ça c’est un défaut que j’ai depuis toujours.
En démissionnant, je voulais faire 2 choses : être photographe de mariage & famille, et photographe d’artisans. Malheureusement, malgré une étude de marché qui présentait une activité viable et quelques mois d’acharnement, j’ai du me rendre à l’évidence, je ne pouvais pas commencer les 2 en même temps. J’ai donc choisi de laisser de côté la photographie d’artisans et de me concentrer sur la photographie de mariage et de familles. J’ai eu mes premiers clients en avril pour des séances familles, mais également pour des photos d’architecture d’intérieur. Je dois dire que j’aime depuis toujours prendre des photos de beaux endroits et que travailler avec une architecte est une expérience que j’aimerais renouveler plus souvent.

La photo pour le tourisme et le voyage aussi d’ailleurs. Mais oui ne t’inquiète pas 2019, je n’ai pas oublié cet aspect ! Même si tout ce dont je viens de parler m’a pris tout mon temps et mon énergie à partir d’avril et que j’ai du mettre « en pause » Vai en vadrouille, je n’ai pas arrêté de bouger et voyager pour autant. Bien au contraire ! Je n’ai jamais autant voyagé que cette année. Que ce soit pour des courts séjours de 2 jours pour voir des amis, pour des blogtrips (dans la vallée de Chevreuse, en Flandres, en Tarn-et-Garonne et en Aveyron), pour des mariages ou encore pour notre grand voyage cet été en Polynésie avec l’Amoureux. Je n’ai jamais été aussi épuisée on peut le dire, mais c’est pour la bonne cause. Epuisée mais heureuse. Et heureusement que l’abonnement TGVmax existe ! (Tiens, pour ceux qui se demandent comment je fais pour voyager autant, je devrais peut-être leur faire passer le mot 😉 ).

Bon, ceci dit, j’espère que 2020 va prendre le relais avec un peu plus de clients. Pour l’instant, ce n’est pas la joie hein ! Certes j’avais peut-être trop d’espoir, mais tu ne m’as pas gâtée sur ce sujet. Tu as vu les comptes ou pas ? Attends j’ai les chiffres en tête. Pour ne rien cacher, j’ai encaissé à peine plus de 3000€ depuis que je suis à mon compte. Et non je n’ai pas encore déduit les cotisations, les investissements, les achats de marchandises, mon salaire, etc. Rien. Oui oui tu m’as bien entendu 2019. Je n’ai même pas eu de quoi payer mon loyer avec toi. Sur ce point, tu ne m’as vraiment pas aidée, et heureusement que 2018 m’avait prévenue et m’avait conseillé d’économiser autant que possible. J’aurais bien aimé que tu m’évites au moins certaines remarques désobligeantes de personnes qui pensent que je roule sur l’or, alors que pas du tout… Bon je suis d’accord, c’est aussi de ma faute. J’ai sous-estimé la tâche et je pensais que ce serait plus facile de se faire connaître et d’avoir des clients. Je pensais aussi que les gens savaient mieux mesurer la valeur du travail, et mesurer leurs propos. J’aurais aussi pu bosser pour des missions très mal payées, mais franchement je ne voulais pas. Je préfère faire des petits boulots mal payés, que brader mes tarifs de photographe pour ça. Je l’ai fait une fois, faire des photos d’un événement gratuitement. Résultat ? Aucun client derrière, des conditions trop exigeantes, et un dégoût absolu ensuite. Je ne veux plus jamais revivre ça. Être dégoûtée de mon travail ? Non, vraiment, je ne veux plus. Je vais donc travailler avec 2020 à trouver plus de clients, mais avant tout des personnes qui me ressemblent, qui sont sensibles à mon style et mes valeurs, et respectent le travail d’autrui ! Maintenant que j’ai vu ce qui fonctionne ou au contraire ce qui peut bloquer les personnes de travailler avec moi, je vais également retravailler mes offres et mon portfolio. J’espère que 2020 appréciera 🙂

Que dire d’autre ? Que comme toutes tes grandes soeurs, tu m’as aussi apporté un fourmillement d’idées pour les années à venir. J’ai vraiment l’impression d’avoir le cerveau en ébullition non stop (au grand dam de l’Amoureux et de mes parents) et j’ai des projets et envies au moins pour la décennie qui arrive. Une décennie qui promet encore beaucoup de belles choses mais qui demandera du courage, de la persévérance et beaucoup de travail.

2019, merci à toi.

Tu fus une année mémorable dans tous les sens du terme, et je suis fière d’avoir vécu tout ça avec toi.
On ne se reverra plus jamais. Ta petite sœur arrive dans quelques heures. Je compte sur toi pour lui faire un briefing de notre entrevue avant qu’elle, histoire qu’on évite les mêmes galères ?

Je t’embrasse tendrement,

Vaikehu.