Polynésie

« Vaiana » vu par une Polynésienne

J’ai eu la chance de voir le nouveau Disney « Vaiana, la légende du bout du monde » dimanche dernier en avant-première. Voici le week-end qui approche et vous êtes peut-être nombreux à vouloir le voir à votre tour. Je vous livre ici mon humble avis de Polynésienne sur ce film. Vous vous posez peut-être la question, alors je vous annonce que vous serez contents de savoir que cet article est SANS SPOIL ! Oui oui, c’était difficile, mais je vous fais ce petit cadeau 😉

Pour éviter toute confusion, je parlerai ici de Polynésie au sens large, c’est-à-dire le triangle polynésien, délimité par Hawaii, la Nouvelle-Zélande (Aotearoa en maori, « le grand nuage blanc ») et les Îles de Pâques (Rapa Nui). J’utiliserai ‘Tahiti’ pour désigner la Polynésie française – qui fait partie du triangle polynésien – pour éviter les confusions.

 

Tout d’abord, vous devez savoir que j’avais déjà écrit un brouillon d’article sur mes premières impressions lorsque les premiers teasers sont sortis en juin dernier. Vous pourrez remarquer que je n’ai jamais publié cet article, tout simplement parce que les avis recueillis à son sujet divergeaient et parce que plusieurs débats animaient Tahiti à ce moment-là (notamment sur le choix de doublures françaises). J’ai finalement choisi d’attendre la sortie du film pour m’en faire une idée définitive. Alors quand mon copain m’a dit qu’il a vu qu’il y avait l’avant-première de « Vaiana » à Grenoble dimanche dernier, on n’a pas attendu très longtemps pour acheter nos places tellement j’étais impatiente de le voir !

 

La mise en scène d’une culture vivante

Mon copain m’a tout de même demandé pendant les premières minutes du film si jusqu’alors, j’étais contente. Il savait que derrière ma joie et mon excitation apparentes, mon impatience cachait le fait que j’étais surtout un peu sceptique. Il savait que quelques points me dérangeaient dans ce film.

Les peuples polynésiens sont fiers de leurs traditions et de leur culture. Ils y tiennent dur comme fer malgré l’américanisation des nouvelles générations. Les jeunes sont toujours attachés à leurs sports traditionnels, comme la danse, et aux légendes qui entourent nos îles. D’ailleurs, mes meilleurs souvenirs de maternelle sont les moments où on les apprenait. Bref, le Polynésien est chauvin et patriote. C’est pourquoi lorsque les premières bribes du projet Moana (titre original du film) ont vu le jour, les Polynésiens étaient tous très excités que leur culture soit mise à l’honneur.

Je ne sais pas exactement si d’autres personnes ont réagi comme moi, mais j’avais quelques inquiétudes. Il est bien connu que les films Disney déforment toujours les histoires d’origines, et j’avais donc peur du résultat avec nos légendes. Vraiment. Surtout quand j’ai vu les bandes-annonces. Par exemple, je me demandais :

« Pourquoi Maui se transforme en aigle ? Ce n’est pourtant pas un animal de chez nous ! »

Un des teasers révélait aussi une bande de pirates-noix de coco, et j’avoue que je ne sais pas du tout d’où ça sort, si ce n’est de l’imagination des producteurs.

Pendant le film, il y a eu quelques autres points que je n’ai pas compris, surtout au début (mais pas de spoil donc j’en dis pas plus), mais dans l’ensemble, je remarque que les studios Disney ont fait un gros effort de documentation. Même s’il est difficile pour quelqu’un qui ne connaît pas les îles du Pacifique de faire la différence entre l’authentique et ce qui a été inventé, beaucoup de points culturels ont été abordés.

Je tiens vraiment à saluer l’approche adoptée par Disney pour sa première “princesse” polynésienne. En effet, Disney a choisi une approche culturelle et n’est pas tombé dans la facilité avec les clichés. Je tiens à le souligner parce que lorsque les gens entendent “Tahiti” ou “îles exotiques”, ils pensent — en grande majorité — immédiatement aux vahine (sans -s même au pluriel et sans accent sur le -e, ça n’existe pas dans les langues polynésiennes) presque dénudées sur la plage, à mon grand désespoir. Je suis donc bien contente que Disney ait choisi de mettre le Pacifique à l’honneur à travers ses légendes et sa musique.

Oui parce que la plupart des chansons (hors celles de Vaiana) sont interprétées par un groupe des îles Samoa il me semble. C’est quelque chose que j’ai vraiment aimé et qui a parfois contribué à me faire verser une larme, parce que ça me rappelait vraiment mon pays et qu’il me manque. La seule déception au niveau de la musique vient de ce que j’appellerais le “format Disney”. Vous savez, les chansons à tout va et qui restent dans la tête des enfants qui ne cessent  d’exaspérer leurs parents avec 😉 Les chansons arrivent parfois de nulle part, et ça m’a un peu dérangé.

 

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Des personnages représentatifs ?

Je ne sais pas comment sont perçus les personnages — leur corpulence — par ceux qui ne connaissent pas du tout la Polynésie, mais moi ça m’a bien fait sourire. Corpulence plutôt forte et musclée, nez épaté, grands yeux, longue chevelure noire et épaisse, expressions du visage : tout était là pour décrire la population du Pacifique, vraiment ! J’insiste sur le nez épaté. Ça me fait sourire parce que le mien n’est pas épaté mais carrément plat 😂 (à cause du mélange des origines polynésienne et chinoise je suppose) et je suis étonnée qu’en France métropolitaine, personne ne le remarque à moins que je le souligne moi-même.

Sinon, je tiens à souligner une petite incohérence : Maui est bien un personnage de la mythologie polynésienne et non pas inventé par Disney, mais il est un homme svelte normalement. J’imagine que les studios Disney ont choisi de représenter la population polynésienne dans son ensemble en lui donnant cette forte corpulence. Aussi, je connais Maui avec un cerf-volant, et non pas un genre de gros hameçon comme dans le film (après, je ne connais pas non plus toutes les légendes en détail). D’ailleurs, dans le ciel polynésien, la constellation, dont la Grande Ourse correspond en partie, se nomme Te Pauma a Maui, c’est-à-dire “le cerf-volant de Maui” 🙂

Autre caractéristique des personnages qui a causé un gros débat à Tahiti : les voix et l’accent inexistant des personnages. Si vous avez déjà discuté avec des Tahitiens, vous avez du remarquer leur accent. Assez difficile à décrire, je peux quand même vous dire que généralement les Tahitiens roulent les “r”, comme les Russes ou les Espagnols. Ils ont aussi tendance à parler lentement, à allonger certaines syllabes, et l’ensemble est plutôt chantonnant. Enfin, la plupart de la communication est non orale, mais passe plutôt par les expressions du visage et les mouvements du corps. Ce dernier point a été plutôt bien respecté, mais il est clair que les personnages n’ont pas du tout l’accent polynésien. Ça a d’ailleurs bien embêté une grande partie des Tahitiens (une pétition a circulé pour demander à changer les doublures françaises). Personnellement, ça ne m’embête pas trop parce que le film a été créé dans le but d’être diffusé largement. Ce qui m’a plutôt fait bizarre, ce sont les tournures de phrases beaucoup trop construites. Je ne sais pas comment le dire plus clairement, mais je ne reconnaissais pas la population polynésienne dans les dialogues, sauf ceux avec Maui.

Enfin, je vous avoue que j’ai vraiment craqué pour Bébé Vaiana, n’est-elle pas trop mignonne ?

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Le cadre

Enfin, je pense que les paysages paradisiaques vont ravir petits comme grands ! Etant moi-même polynésienne ayant beaucoup voyagé dans les îles, je peux vous dire que les couleurs sont on ne peut plus proche de la réalité 😉

De plus, même si lorsqu’on évoque les îles, on pense tout de suite aux plages de sable blanc et aux cocotiers, il ne faut pas oublier qu’une île, c’est à la base un volcan, donc une montagne. Quel plaisir de voir des montagnes à la végétation tropicale luxuriante et des cascades à profusion ! Je pense sincèrement que vous ne serez pas déçus à ce niveau-là.

 

A la demande de certaines personnes, cet article a été rédigé par mes soins sans prétention aucune de représenter l’avis de toute la population polynésienne. Le fait d’être polynésienne me confère simplement un regard différent, avec un bagage culturel plus important qu’un spectateur lambda. Je n’ai pas la prétention non plus de remettre en question le travail des producteurs, bien au contraire. Je suis très heureuse que mes origines soient mises à l’honneur sur les grands écrans et au travers de divers spectacles lors des avants-premières. Personnellement, je pense que ce film est le meilleur remède pour oublier un instant le froid de canard qui sévit depuis quelques jours, non ? 😉

 

Pour finir, je vous laisse apprécier le clip d’une chanson du film, « Le Bleu Lumière », tourné à Tikehau en Polynésie française, où vous pourrez apprécier les nuances de bleu et de vert :

 

Note : les illustrations sont tirées du film « Vaiana, la légende du bout du monde », tous les droits reviennent à ses producteurs.