Culture & Traditions, Polynésie

Les courses de porteurs de fruits

Les courses de porteurs de fruits ont inauguré le Heiva tu’aro maohi (les concours de sports traditionnels) le 14 juillet cette année. Une bonne alternative à l’absence de feux d’artifice pour la fête nationale en Polynésie française. Encore une fois organisées aux Jardins de Paofai à Papeete, ces courses populaires ont rassemblé plusieurs dizaines de compétiteurs venus des différents archipels de la Polynésie, et un public nombreux pour soutenir les athlètes.

Les porteurs de fruits confectionnent eux-mêmes leur charge. S’ils viennent des îles, ils doivent s’occuper de leur acheminement jusqu’à Tahiti. Les charges se composent d’un tronc de bois avec des fruits attachés aux extrémités. Il est important pour l’athlète de soigner la confection de sa charge et ce, pour plusieurs raisons. D’une part pour ne pas perdre de poids lors de la course, auquel cas il risque d’être disqualifié, sans compter que récupérer et rattacher sa charge fait perdre du temps pendant la course. Les charges sont pesées en début et en fin de course : si une différence de plus d’1 kg est constatée, l’athlète est éliminé. D’autre part, un prix est attribué pour la plus jolie charge. Les fruits les plus couramment utilisés sont les bananes et les taro, des tubercules. Les charges comportant d’autres fruits, décorées, et/ou dont les attaches sont soignées sont donc très remarquées.

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Pesée d’une charge en amont de la course

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L’une des plus belles charges que j’aie vues

Les concurrents ont droit à un tour de repérage. Suivant les catégories, ils devront faire une ou deux boucles du circuit, chacune faisant environ 700m. Le poids de la charge, entre 15 et 50 kg, est également un facteur déterminant pour chaque catégorie. Le grand nombre de participants nécessite de procéder à un tirage au sort pour placer les différentes charges sur plusieurs lignes de départ.

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Les athlètes courent en pareo.

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Le lièvre de la course. Il veille à ce que personne ne soit sur le parcours pendant les courses.

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Le départ est donné, les coureurs s’élancent pour récupérer leurs charges.

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Grosse surprise pour les touristes et ceux qui n’ont jamais assisté aux courses de porteurs de fruits : il existe une catégorie pour les femmes ! De vraies guerrières. Elle ont une boucle à faire avec 15 kg sur les épaules. C’est Aotearoa, la Nouvelle-Zélande, seul pays étranger participant cette année, qui ravira la première place aux Polynésiennes.

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Après quelques essais pour photographier en différents points du parcours, je suis finalement restée au niveau de la ligne d’arrivée. À côté de moi, un homme à dreadlocks dont la tête me disait quelque chose. Il courait l’an dernier, et je lui demande alors :

“Tu ne cours pas aujourd’hui ? Il me semble te reconnaître parce que tu participais l’an dernier.
– Je devais mais je ne peux pas cette année parce que ma charge n’est pas arrivée à temps.”

Steeve Maruae vient de Maupiti, île de l’archipel de la Société. Le bateau qui devait acheminer sa charge étant arrivé en retard à Maupiti, il en est reparti en retard également. Steeve ne court pas mais il garde le sourire.

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Il filme les courses :

“C’est pour montrer à mes athlètes comment se déroulent les courses ici ! Il faut qu’ils voient le parcours et ses détours pour se préparer psychologiquement. Et puis, ils pourront apprécier le niveau des autres concurrents, ainsi que la confection de leurs charges.”

Il entraîne les jeunes de Maupiti à la course de porteurs de fruits.

“On appelle ça une course, mais en fait il ne faut pas courir, c’est mauvais pour les genoux. C’est plutôt une marche rapide. Pour s’entraîner, il faut commencer par marcher de longues heures avec un tronc sur une épaule. Lorsque le tronc commence à peser, on change d’épaule et ainsi de suite. Les fois suivantes, on rajoute 5 kg à chaque fois. Mais surtout, il ne faut pas courir avant la semaine précédant la course.”

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Steeve est un habitué. Il a l’oeil. Il m’indique à chaque passage des coureurs qui a le plus de chance de gagner et quelles sont les plus belles charges. Athlète complet et aguerri, il est reconnu dans le milieu des sports traditionnels. Il participera d’ailleurs au concours de coprah les jours suivants, sport dans lequel il excelle, et est également danseur. Entre les courses, il me parle de Maupiti. Le ciel y est tellement clair que pour connaître la météo, il se fie aux traînées nuageuses dans le ciel la nuit. En l’écoutant, on devine l’amour qu’il porte à la culture et à ce genre d’événements. La compétition n’efface pas la convivialité qui y règne, même entre concurrents. Le plaisir de participer est la principale motivation des compétiteurs, avant même la récompense pécuniaire des gagnants.

Enfin, la dernière course avec des charges de 50 kg, sûrement la plus attendue, est impressionnante. Le public admire et soutient les coureurs.

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Un staff souriant note soigneusement les temps les temps d’arrivée de chaque coureur donnés par deux chronomètres de part et d’autre de la ligne d’arrivée.

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Tout au long de l’événement, la Miss Tahiti 2016, Vaea Ferrand, ainsi que Vaiata Buisson — 1ère dauphine, Vanille Guyot-Sionnest — 2ème dauphine, et Mehealani Tepou — Miss Heiva, sont présentes pour donner les départs, assister aux courses, poser avec le public et remettre les différents prix.

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Un spectacle de danse marquisienne est venu clore cette journée.

Après avoir assisté à plusieurs éditions du Heiva tu’aro maohi, je suis toujours autant fascinée et impressionnée. Les coureurs ne sont pas seulement des athlètes et des compétiteurs. Ce sont aussi et surtout des passionnés qui vivent leur culture, et des personnes humbles et abordables. Et vous, à quel genre d’événements culturels aimez-vous vous rendre ?

Je vous souhaite de passer une bonne semaine !